Au Lycée français Jules Verne, la journée de la femme a donné lieu à de multiples activités, réflexions, performances artistiques… Comme il serait trop long de toutes les présenter, lisez ce qui fut le point d’orgue de la journée, la lecture d’un manifeste écrit par les élèves de première, qui résume à lui seul l’implication et le talent de nos élèves.

« Chère femme, tu vas naître dans une société où tout le monde va t’accepter, te respecter et t’aimer telle que tu choisis d’être. Le Père Noël va t’apporter un camion ou une poupée. Tu seras capitaine de l’équipe de football mixte ou danseuse. Tu tomberas amoureuse d’un garçon ou d’une fille. Plus tard, tu auras de bonnes notes et chacun de tes efforts aura une récompense : tu pourras être ingénieure, musicienne, médecin ou écrivaine. De plus, tu marcheras dans la rue sans peur…

Mais ma chérie, cette vie n’est pas réelle. Tu naîtras dans une société où tu seras jugée, opprimée et exclue. Le Père Noël ne t’apportera que des poupées et du maquillage. Tu auras comme possibilité de jouer au volley ou de faire de la gymnastique. Plus tard, tu auras de bonnes notes qui ne te donneront pas la place que tu mérites. Et si les hommes travaillent pendant une heure, toi tu devras t’y mettre pendant trois heures ! Et fais attention ! Ne marche pas dans la rue toute seule après le coucher du soleil, c’est un gros risque. »

Femmes et hommes, tous ensemble en lutte !

On doit se prendre la main pour s’unir face à l’injustice. Il ne s’agit pas d’une bataille d’un seul groupe mais d’un conflit universel.

Nous sommes une coalition contre l’inégalité, la souffrance, la discrimination, le harcèlement, l’exclusion, la maltraitance, l’invisibilisation, le silence.

Nous avons le pouvoir de changer la situation. L’union fait la force.

Ce n’est pas précipité que de dire que le mot « feminazi » est un de ceux qui ont fait le plus de mal au féminisme.

Ce n’est pas par hasard qu’une des insultes les plus communes à l’encontre des féministes réunisse sous un même toit le paradigme même de l’intolérance et de l’extrémisme idéologique, et une pensée à la base solidaire et juste.

Parce qu’en effet, ce qu’un petit mot aux conséquences pires qu’on l’imagine nie d’un coup de botte sémantique la raison même qu’a le féminisme d’exister : l’égalité.

Mais ce grossier personnage dont on parle n’est finalement qu’un produit de notre inconscient collectif, qui puise à fond dans ses peurs et préjugés pour se défendre. Ni « feminazi » qui est un mot aux consonances presque scatologiques n’est à user allègrement, ni la société ne devrait se laisser emporter par sa peur panique de ce que l’on a pris l’habitude d’appeler « radicalisme » ce qui n’est que nouveauté.

Pour initier un changement, le détournement radical de la perception du modèle féminin imposé est essentiel. Cela doit premièrement passer par une prise de pouvoir de chaque femme et de ce qu’elle reflète dans la société.

On ne veut pas et il n’est pas nécessaire de nous soumettre au rôle de princesses dociles, produits du système patriarcal. On n’a besoin ni de ça, ni de qualifier notre valeur selon notre apparence physique, qui détermine notre réussite dans la vie.

On ne veut pas supporter les commentaires dans la rue dès notre plus jeune âge ; ces mots qui nous asservissent, qui nous rappellent notre condition de femme, notre corps traité comme de la chair, et qui nous relèguent encore une fois au deuxième plan.

Mesdames, messieurs, nous nous voulons libres et indépendantes, guerrières et combatives. Nous nous voulons sans peur face à toutes les barrières que nous allons devoir affronter et que l’on affranchira, sans aucun doute, unies.

Pour conclure, nous devons lutter et travailler tous unis, avec espoir, pour un futur égalitaire. Comme l’écrivait en 1791 Olympe de Gouges, une écrivaine française du siècle des Lumières : « Quelles que soient les barrières que l’on nous oppose, il est en notre pouvoir de les affranchir. »